Art et vie intérieure
J'étais une toute petite fille et j'avais déjà la faculté de m'émerveiller. C'était précieux et cela a, sans aucun doute, participé à me maintenir en vie.
J'ai une attention toute particulière à détecter le présent, le beau et rien que d'en parler, mon corps se met en éveil.
C'est comme une coupe largement ouverte qui se remplit d'un élixir de plénitude, d'une source qui ne se tarit pas.
Lorsque je peins, ce n'est pas ma main qui peint, c'est tout mon être. Comme dans une relation vivante : je donne et je reçois. C'est vraiment une mélodie du donner et du recevoir qui rythme cet acte de création.
Je sens que cela vient de moi, de qui je suis, de mon histoire, de tout ce qui m'a imprégné jusqu'alors... et de bien davantage.
Une fois dépassée la phase d'appréhension lorsque je pénètre l'espace vierge de la toile, si je fais simplement confiance, en baissant la garde, en quittant ma volonté propre, quelque « chose » émerge en moi et sur la toile, que je découvre en même temps que je le vis.
Cela inaugure un acte de dévoilement. C'est comme un miroir posé face à moi.
Tout le vécu pendant la production m'apparait primordial.
Quelque chose que je peux voir puisque je peins sur une toile et le gâteau sur la cerise, si je peux dire, une présence douce, puissante, parfois impérieuse, parfois ludique... de toute manière toujours bienveillante et structurante.
Cette présence m'habite, m'anime, me guide, prolonge son rayonnement dans tout mon corps, dans ton mon être, comme une réponse à mon appel silencieux ou exprimé.
Lorsque j'accepte de ne pas savoir où je vais, heureuse de me laisser faire tout en participant, étonnée de cette énergie d'où émane des consonances multiples, je me sens investie d'une joie profonde de vivre tout simplement qui je suis, au cœur de l'univers, de l'universel.
C'est une expérience privilégiée qui donne sens à ma vie et qui révèle ce qui m'est possible de mettre à l'œuvre dans mon existence au quotidien.
C'est un bonheur lorsque je me donne à ces temps de rencontre, car c'est véritablement une rencontre, je peux même dire une relation, tellement proche de ce qui se vit dans la relation de couple.
Ce que je vois et dans le même temps ce que je vis me dit où j'en suis. C'est du brut vrai, une obligation de prise de conscience, une obligation d'être. Je demeure à l'écoute de mon corps, comme d'un baromètre et de ce qui m'est dévoilé sur la toile, que je n'ai pas programmé.
Parfois, lors de ce temps de création, je suis piégée par la peur de ne pas réussir, et c'est seulement en me rendant présente à cette Présence, en lâchant prise comme on dit, que je lâche ma peur qui n'est en fait qu'une illusion, puisque, en vérité, il n'y a pas de danger dans cette situation.
Tout est permis, je peux tout expérimenter, les sensations, les émotions, l'angoisse qui me ligote, la liberté extrême lorsque je quitte ma peur du résultat et que j'accepte de simplement être, simplement écouter ce qui vibre en moi, simplement donner et recevoir, simplement être vivante.
C'est à ce risque que je deviens co-créatrice, que je suis animée, que je suis habitée.
L'œuvre, elle, est objet de mon évolution, support aussi d'une mise en mots : j'ai à cœur de nommer ce qui m'a été donné.
Elle nourrit également mon besoin de reconnaissance. C'est aussi dans un autre temps une source de détachement.
Puis, de nouveau je pose une autre toile vierge, un des lieux où j'expérimente l'approche du mystère de la vie.